
Bonjour, je suis Emmanuel 53 ans, professeur d’histoire à l’université de Rennes. J’ai crée ce blog pour le plaisir mais également pour aider mes élèves à trouver quelques informations sur leur programme scolaire. Peut être mes articles les aideront dans leur projet rédactionnel ! En tout cas ce blog est ouvert à tous… Alors bonne lecture…
Chaque année, le 2 février marque un moment particulier dans le calendrier hivernal : la Chandeleur. Entre traditions ancestrales et plaisirs gourmands, cette célébration illumine le cœur de l’hiver et rassemble petits et grands autour d’un rituel convivial où les crêpes occupent une place centrale. Bien plus qu’une simple occasion de se régaler, la Chandeleur porte en elle des symboles profonds, un héritage culturel riche et une capacité unique à créer du lien social.
Les origines de le fête de la Chandeleur plongent leurs racines dans l’Antiquité romaine, bien avant l’avènement du christianisme. À cette époque, les Romains célébraient les Parentalia, des festivités dédiées aux défunts, ainsi que les Lupercales, des rites de purification et de fertilité marquant le retour progressif de la lumière après les longs mois sombres de l’hiver. Ces célébrations païennes honoraient le renouveau, la reprise des récoltes et le retour du soleil, symbole de vie et de prospérité. Les participants allumaient des torches et partageaient des repas festifs pour conjurer les ténèbres et appeler les bonnes grâces de la nature.
Avec l’expansion du christianisme, ces traditions ont été progressivement christianisées. Le mot Chandeleur provient du latin festa candelarum, qui signifie la fête des chandelles. Célébrée quarante jours après Noël, elle commémore la Présentation de Jésus au Temple, un événement biblique où l’enfant Jésus est présenté comme la lumière du monde. Cette dimension religieuse s’est superposée aux anciennes coutumes païennes, créant ainsi une fête hybride où la lumière et le renouveau demeurent des thèmes centraux. La Chandeleur est donc à la fois une fête religieuse et une célébration du retour de la clarté, marquant symboliquement la fin de l’hiver et l’espoir des beaux jours à venir.
Les crêpes, rondes et dorées, incarnent parfaitement ce symbolisme solaire. Leur forme évoque le disque du soleil, tandis que leur couleur rappelle les rayons lumineux qui percent peu à peu les nuages hivernaux. Traditionnellement, leur préparation était associée à la prospérité et à la fertilité des champs, car elles étaient confectionnées avec la farine issue de la récolte de blé de l’année précédente. Ainsi, en dégustant des crêpes le 2 février, on célébrait non seulement le retour de la lumière, mais aussi l’abondance espérée pour les mois à venir.
Parmi les nombreuses superstitions entourant la Chandeleur, l’une des plus populaires concerne l’art de faire sauter la première crêpe. Selon la tradition paysanne, il fallait tenir une pièce d’or dans la main gauche tout en retournant la crêpe avec la main droite. Réussir cet exploit était censé garantir la prospérité et attirer la richesse pour l’année entière. Cette coutume, transmise de génération en génération, reflète l’importance accordée aux rituels symboliques dans les sociétés agricoles, où chaque geste pouvait influencer le cours des saisons et la générosité de la terre.
Au-delà de cette pratique ludique, la superstition affirmait également que faire des crêpes le 2 février assurait la prospérité du foyer et une bonne récolte. Ces croyances s’inscrivaient dans une vision du monde où les cycles naturels et les actes humains étaient étroitement liés, et où chaque rituel contribuait à maintenir l’équilibre et à favoriser l’abondance. Aujourd’hui, même si peu de personnes possèdent encore des pièces d’or, la tradition de faire sauter les crêpes demeure vivace, transformée en un moment de jeu et de partage familial.
Ces superstitions témoignent de la manière dont la Chandeleur a su évoluer au fil des siècles, passant d’un rituel agricole et religieux à une célébration conviviale et laïque. Si les croyances anciennes ont perdu de leur emprise, elles ont laissé place à un héritage culturel qui continue de rythmer les hivers et de renforcer les liens entre les générations.

Réussir des crêpes savoureuses repose avant tout sur la qualité de la pâte et le respect de quelques principes simples. Les ingrédients de base sont la farine, les œufs, le lait et une pincée de sel. Certaines recettes ajoutent du beurre fondu pour apporter du moelleux et une touche de vanille ou de fleur d’oranger pour parfumer délicatement la préparation. La clé d’une pâte réussie réside dans le bon équilibre entre les proportions et dans le temps de repos accordé à la préparation.
Après avoir mélangé les ingrédients jusqu’à obtenir une texture lisse et homogène, il est essentiel de laisser reposer la pâte pendant au moins une heure, voire deux. Ce temps de repos permet au gluten de se détendre et aux saveurs de se développer, garantissant ainsi des crêpes souples et légères. Certaines traditions régionales, comme les crêpes alsaciennes appelées Ejerkueche, apportent des variantes intéressantes en incorporant de la levure ou en modifiant les proportions pour obtenir une texture différente, tantôt plus épaisse, tantôt plus aérienne.
La cuisson également joue un rôle déterminant. Une poêle bien chaude, légèrement graissée, et un feu modéré permettent de saisir la pâte sans la brûler, tout en lui donnant cette belle couleur dorée caractéristique. La technique consiste à verser une petite quantité de pâte, à incliner la poêle pour répartir uniformément la préparation, puis à retourner la crêpe dès que les bords se décollent et que la surface commence à se solidifier.
La diversité des garnitures possibles fait de la crêpe un plat universel, capable de satisfaire toutes les envies et tous les palais. Côté sucré, les classiques restent indémodables : sucre et citron, confiture, pâte à tartiner au chocolat, compote de fruits ou miel. Pour les plus gourmands, une crêpe flambée au Grand Marnier ou garnie de fruits frais et de chantilly constitue un dessert raffiné et festif.
Les garnitures salées offrent également un large éventail de possibilités. Jambon, fromage, champignons, épinards, saumon fumé ou œufs brouillés transforment la crêpe en un repas complet et équilibré. Les galettes de sarrasin, particulièrement prisées en Bretagne, se prêtent merveilleusement à ces préparations salées grâce à leur texture plus rustique et leur saveur légèrement noisetée.
Au-delà des frontières françaises, la Chandeleur et ses traditions culinaires trouvent des échos dans de nombreuses cultures. Au Mexique, on déguste des tamales, tandis qu’au Canada et aux États-Unis, la journée coïncide avec le Groundhog Day, le jour de la marmotte, où l’on savoure souvent des pancakes. Les baghrirs marocains, les ployes acadiens, les gaufres belges et les bugnes lyonnaises témoignent de cette universalité du plat rond et réconfortant, symbole de partage et de convivialité.
Des événements communautaires, comme celui organisé par l’Association régionale de la communauté francophone de Saint-Jean au Centre communautaire Samuel-de-Champlain le 7 février 2026, illustrent parfaitement cette dimension rassembleuse. De 13h30 à 16h, les participants peuvent déguster une variété de spécialités issues de différentes traditions culinaires, des crêpes classiques aux tamales en passant par les pancakes et les ployes. La bibliothèque Le Cormoran propose également des livres de cuisine et des ouvrages sur les crêpes, enrichissant ainsi l’expérience culturelle et éducative de la fête. Pour ceux qui souhaitent partager une spécialité de leur pays, l’organisation rembourse jusqu’à cent dollars sur présentation d’une preuve d’achat, encourageant ainsi la diversité et la créativité. L’entrée gratuite et le soutien du gouvernement du Canada, de la province du Nouveau-Brunswick et de divers partenaires locaux témoignent de l’importance accordée à ce moment de partage intergénérationnel et interculturel.
Aujourd’hui, la Chandeleur transcende ses origines religieuses et païennes pour devenir un rituel laïc ancré dans le quotidien. Elle crée du lien social, offre une pause gourmande en plein hiver et perpétue des traditions transmises de génération en génération. Que l’on célèbre la fête avec des processions et des costumes en Espagne, des dictons météorologiques en Italie, ou simplement autour d’une table en famille en France ou en Belgique, la Chandeleur demeure un moment universel de convivialité et de chaleur humaine, où la lumière et la gourmandise se conjuguent pour illuminer les cœurs et les assiettes.